La France produit des diplômés, mais pas de prospérité : tribune de François Germinet et Pierre Tapie
En France, 36 % des bacheliers occupent des emplois peu qualifiés, contre 11 % en 1983. La massification des diplômes n'a pas généré la prospérité attendue. Le système éducatif, centré sur les filières généralistes, peine à répondre aux besoins réels de l'économie, expliquent François Germinet, professeur à CY Cergy Paris Université, et Pierre Tapie, président de Paxter.
La France a choisi depuis quarante ans de pousser la généralisation du baccalauréat et l'expansion de l'enseignement supérieur généraliste en laissant la voie professionnelle de côté. Cette stratégie produit un effet ciseau inquiétant. Le diplôme protège de moins en moins et l'orientation vers les filières moins valorisées expose désormais à la marginalisation.
Selon le Haut-Commissariat à la stratégie et au plan, 36 % des bacheliers occupent désormais des emplois peu qualifiés contre 11 % en 1983. À l'autre extrémité du système, l'étude "Les décrochés de la voie professionnelle" révèle que 60 % des jeunes en marge de l'emploi proviennent de la voie professionnelle.
"Ce n'est pas la quantité de diplômés qui fait la richesse"
C'est l'échec d'un système qui continue à orienter des jeunes vers des filières où ils échoueront ou s'inséreront mal. Moins d'un étudiant sur trois obtient sa licence en trois ans. Et nous dépensons moins là où nous orientons le plus nos jeunes : d'après le Conseil d'analyse économique, une licence coûte 4.000 euros par an pour 30 % de réussite quand un BUT coûte environ 10.000 euros pour près de 70 % de réussite.
La recherche invalide les fondements mêmes de notre politique éducative. L'étude menée par Paxter sur 140 pays montre qu'au-delà d'un certain niveau de richesse - environ 15.000 dollars de PIB par habitant - l'augmentation du nombre de diplômés ne produit plus davantage d'employabilité ni davantage de prospérité.
La France fait partie des pays caractérisés par un fort taux de diplômés du supérieur et un chômage élevé des non-diplômés. À l'inverse, des pays comme l'Allemagne, Singapour et le Japon affichent de meilleurs résultats économiques avec moins de diplômés. Ce n'est pas la quantité de diplômés qui fait la richesse, mais la pertinence des qualifications par rapport aux besoins réels de l'économie.
Or ces déséquilibres deviennent explosifs en France sous l'effet de transformations profondes qui accélèrent ce mouvement. La réindustrialisation et le plan France 2030 exigent ingénieurs et techniciens. La fracture territoriale éloigne l'offre de formation des bassins réels d'emploi. L'Education nationale perdra 1,7 million d'élèves d'ici 2035. Chaque échec scolaire ou universitaire deviendra plus coûteux encore à la société, sans compter le coût humain. [...]